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BIOHAZARD

Entretien avec Evan Seinfeld (chant, basse)

03/05/08 - Par télephone

Biohazard n’aura pas résisté longtemps à la mode des reformations, puisque le combo de Brooklyn se réunit moins de 3 ans après son split ! Depuis que Kiss a lancé la tendance en 1996, on peut distinguer 2 catégories : ceux qui veulent redonner de l’ambition à leur carrière (et s’en foutre plein les poches au passage) et ceux qui font cela pour le fun en souvenir des vieux jours. Biohazard semble appartenir à la seconde catégorie, comme le montre la franchise d’Evan Seinfeld qui nous a passé un coup de fil à son retour d’un voyage à Tokyo, accompagné de sa pornstar de femme Tera Patrick !

Revenons en 2005 lorsque vous avez décidé de mettre fin à Biohazard. Quelles étaient les raisons à l’époque ?

Il était temps de faire autre chose pour chacun d’entre nous. Nous avons tous eu nos propres raisons mais la principale est que la situation de Biohazard aux Etats-Unis est très différente de celle que nous connaissons en Europe, en Amérique du Sud et au Japon. C’est si difficile de vivre de ta musique en Amérique lorsque tu n’es pas un groupe commercial qui passe sans cesse à la radio. Nous avons commencé en 1987 lorsque nous étions des gamins insouciants. Alors qu’en 2005 nous étions devenus des adultes avec des enfants à charge et des factures à payer. Il fallait donc gagner beaucoup d’argent. Ca craint de faire ça dans ces conditions car nous avons commencé à la base pour l’amour de la musique et pas pour nous faire du pognon. Si tu ne peux plus te nourrir, tu ne peux plus faire de musique. C’est regrettable, mais les ventes de disques ont tellement diminuées pour l’ensemble de l’industrie. Les fans téléchargent les albums de nos jours, ils volent la musique et ne donnent plus de soutien aux artistes. Après ils viennent se plaindre lorsque leurs groupes favoris ne peuvent plus partir en tournée (rires). Cela n’a aucun sens pour moi ! Ca c’était pour la raison principale qui s’applique à chacun de nous. En ce qui me concerne personnellement, je voulais me concentrer davantage sur ma carrière d’acteur et le fait de manager ma femme Tera Patrick (ndlr : star du porno US) me prenait énormément de temps. Je commençais également mon nouveau projet musical avec The Spyderz. Tout le monde avait besoin de prendre un break loin de Biohazard. Nous avions besoin de nous arrêter. Biohazard n’avait jamais fait de pause en 17 ans, même pas pour quelques mois.

Finalement Biohazard reprend du service moins de 3 ans après le split. Est-ce parce que votre bébé vous manquait tellement ?

Non je ne pense pas que cette reformation soit due à un manque de notre part. Nous avons commencé à recevoir des tonnes d’emails pour nous demander ce que nous comptions faire pour célébrer les 20 ans de Biohazard. Je ne savais pas quoi répondre personnellement. Je ne sentais même pas avoir le besoin de devoir quelque chose. Mais tout à tout, l’excitation a commencé à revenir pour le groupe. Nous n’attendions plus rien de particulier et nous voulions juste faire un show spécial à New York. Puis nous avons eu un coup de fil de la part des mecs de Korn qui nous ont proposé de partir avec eux sur une grosse tournée en Australie. La toute première tournée de Korn était en ouverture de Biohazard et House Of Pain et ils ont voulu nous renvoyer l’ascenseur. Cette tournée australienne s’est vachement bien passée. Nous étions avec Korn, Throwdown, Chimaira et Bloodsimple. C’était vraiment cool de rejouer avec Bobby ! Mais je doute que Biohazard redevienne un jour notre activité à plein temps. Il s’agira désormais de quelque chose de fun, que nous faisons où nous voulons et quand nous le voulons. Ce ne sera plus quelque chose que nous devons faire par obligation. Pour moi la musique devrait être vue ainsi. C’est quelque chose que tu veux faire, pas que tu dois faire !

Tu mentionnais le retour de Bobby Hambel dans Biohazard. Peux-tu me rappeler pourquoi il a été écarté du groupe après la sortie de State Of The World Address (1995) ?

Il y avait beaucoup de problèmes personnels entre Bobby et moi à l’époque. Notre logique n’allait plus dans la même direction. Nous lui avons donc demandé de partir. Nous nous battions sans arrêt, nous ne trouvions plus aucune entente. Les gens évoluent de façon différente. Personnellement, je n’ai plus parlé à Bobby pendant 12 ans ! Il a suivi son chemin et nous le nôtre. Cela fait seulement 6 mois que nous avons renoués le contact. Cela nous a rappelés beaucoup de bons souvenirs car Bobby et moi étions les meilleurs amis du monde à l’époque où nous avons formé Biohazard. C’est tellement bon de l’avoir de retour dans ma vie. Quand tu es jeune, tu es toujours un peu plus fou et il fallait écarter Bobby car la musique était notre priorité. Pour moi la raison principale de cette reformation est l’amitié qui nous lie. Cela surpasse tout le reste.

Vous avez utilisés une multitude de guitaristes différents suite à l’éviction de Bobby. Est-ce parce que vous ne parveniez pas à trouver un réel remplaçant ?

Lorsque tu prends une formation initiale qui est pleine de personnalité et de caractère, tu ne peux jamais remplacer qui que ce soit. C’est impossible. Zakk Wylde a beau être bon, il ne sera jamais Randy Rhoads. Même si tu peux penser qu’il est meilleur, il ne sera jamais Randy Rhoads ! Tu ne peux pas dupliquer le jeu de quelqu’un d’autre. Tous les mecs que nous avons eus dans Biohazard étaient géniaux, mais aucun d’entre eux ne pouvait apporter l’expression de Bobby. Lorsque tu deviens amoureux d’un groupe, tu préfères toujours la formation originale. Je me fous de savoir combien d’albums de Van Halen ont été vendus avec Sammy Hagar, pour moi Van Halen n’existe qu’avec David Lee Roth !

Sachant que vous avez fait 5 disques sans Bobby, interprétez vous certains de ces titres aujourd’hui ?

Sur cette tournée avec Korn, nous avons uniquement joué des titres old school des 3 premiers albums. C’est amusant, car autant j’adore énormément de chansons extraites de nos derniers disques, autant j’aime faire de cette réunion quelque chose de nostalgique et qui montre Biohazard exactement à l’endroit où la formation d’origine s’est arrêtée. Si tu te rappelles de Biohazard en 1993 ou 1994, nous en sommes aujourd’hui une photographie en quelque sorte. Mais Bobby est tout à fait ouvert pour jouer des titres auxquels il n’a pas participé. Ce n’est pas un problème. Je ne suis tout simplement pas sur d’en avoir besoin. Nous disposons déjà de tellement de titres que nous adorons dans les premiers albums et que nous voulons jouer. Tout peut changer, mais je pense sincèrement que l’on se cantonnera aux 3 premiers opus pour toute la tournée de reformation.

Comment se sont passé les répétitions sachant que tu ne vis plus à New York ?

Nous n’avons pas répété ensemble. J’ai une sorte de mémoire visuelle pour la musique. Je n’oublie jamais une chanson que j’ai apprise. Bobby, Billy et Danny ont répétés ensemble de leur côté et je me suis juste pointé au dernier moment. Mais tu sais quoi ? Je suis vraiment honnête et humble et je peux te dire que nous n’avons jamais aussi bien sonné !

Il n’y avait donc pas de pression à propos de jouer à nouveau avec Bobby…

Si il y avait de la pression, mais elle était entièrement sur les épaules de Bobby et il a fait du super boulot !

Tous ces vieux titres sont l’œuvre de jeunes gamins qui ont grandit à Brooklyn et qui parlent de problèmes sociaux. Est-ce que ces chansons ont toujours du sens pour toi, sachant que tu as 40 ans et que tu es impliqué dans un business lucratif comme le porno ?

C’est amusant, car cela fait parti de mes raisons pour avoir arrêter Biohazard en 2005. Pas que tout cela n’avait plus aucun sens à mes yeux, car cette époque restera à jamais la partie la plus importante de ma vie. La chose la plus importante qui nous soit arrivée est d’avoir fait partie de Biohazard. Ce groupe était l’expression et la vision de gamins qui vivaient à Brooklyn. Est-ce que cela est toujours important pour moi ? Oui. Est-ce que cela a toujours un rapport avec ma vie actuelle ? Non, pas vraiment. Mais cela me rappelle d’où je viens et qui je suis. Je possède toujours un appartement à Brooklyn mais je n’y vis plus (rires). A l’époque il s’agissait vraiment de mauvais quartiers alors qu’aujourd’hui cela commence à devenir tendance. Musicalement je viens de divers endroits. C’est amusant pour moi de rejouer du Biohazard en souvenir du bon temps mais je suis heureux de ne plus être le même homme.

Y a-t-il un DVD en projet pour la reformation ?

Nous avons déjà filmés tous les concerts australiens et je pense que nous sortirons un DVD. Cela semble bien plus probable qu’un nouvel album en tout cas. Pour être vraiment honnête avec toi, je ne suis vraiment pas sur de refaire un jour un nouveau disque avec Biohazard. Ce groupe a été quelque chose de magique et c’est pourquoi nous sommes pendus tous les 2 au téléphone en ce moment. Mais lorsque je vois la majorité des albums sortis après une reformation, parfois cela s’éloigne vraiment de l’esprit initial. Au niveau de la musique, je vois plutôt mon avenir avec The Spyderz. Billy joue dans Suicide City, Danny dans Bloodclot et Bobby écrit un album solo. A l’heure actuelle, je ne ressens pas le besoin dans mon cœur de faire un nouvel opus avec Biohazard. Si dans le futur mon sentiment venait à changer, je le ferai. Mais j’aurai vraiment besoin d’un but. Il faudrait que mon esprit y voie un sens car je possède aujourd’hui une société qui cartonne dans le porno et j’ai une vie très agréable à Los Angeles. Je ne pense pas avoir suffisamment de haine en moi pour faire un album de Biohazard qui soit authentique. Il faudrait vraiment qu’un gros malheur s’abatte sur ma vie pour que je refasse un disque de Biohazard et j’espère que je n’aurai pas à le faire.

Tu as fait parti de l’émission de téléréalité Supergroup en 2006. Que retiens-tu de l’expérience ?

C’était fantastique. J’aime toujours connaître de nouvelles expériences et me mettre dans de nouvelles situations. C’est excitant et pourquoi ne pas le faire ? J’ai eu l’opportunité de jouer avec Ted Nugent, Jason Bonham et Scott Ian. Ces mecs sont tous des légendes et sont tous très cool. Il y avait aussi Sebastian Bach. Ce type a une voix incroyable ! Je n’ai jamais été fan de Skid Row mais j’ai toujours aimé la voix de Sebastian. J’ai la chance de travailler avec quelqu’un comme lui. Vraiment une expérience intéressante.

Tu as également joué dans la série TV Oz

Oui, j’ai joué le rôle de Jaz Hoyt dans Oz pendant 5 ans ! Le personnage est le leader d’un gang de biker dans une prison. C’est un rôle assez sombre mais j’aime le fait de pouvoir être quelqu’un d’autre en étant acteur. Cela te permet de vivre une autre vie dans un monde imaginaire sans aucun rapport avec la réalité. C’était cool d’être en prison la journée et de revenir à ma vie normale le soir (rires). Je trouve que cette série était vraiment artistique et qu’elle donnait une représentation forte du monde carcéral. D’un point de vue créatif, j’aime m’exprimer de plusieurs manières. Je peux être acteur, musicien, compositeur, producteur. Je peux jouer dans des séries ou faire partie de la téléréalité. Je bosse avec ma femme en tant que producteur, réalisateur et acteur. Pour ceux que les films pour adultes intéressent, allez faire un tour sur http://www.teratrailers.com. Vous serez informés des sorties de tous nos nouveaux films. Vous pouvez également aller sur http://www.terapatrick.com pour tout ce qui concerne ma femme Tera. J’ai toujours aimé faire tomber les murs et transgresser les règles. Je veux aller là où les autres ont peur d’aller. Lorsque nous avons crée cette mixture de metal, hardcore et hip-hop avec Biohazard en 1987, tout le monde pensait que nous étions dingues. Peu après, beaucoup de groupes se sont mis à nous copier et nous avons vendu des millions d’albums et avons sillonné le monde entier en tournée. J’ai toujours aimé explorer de nouveaux territoires. Ma nouvelle formation The Spyderz, que tu peux écouter sur myspace à l’adresse http://www.myspace.com/thespyderz est différente. C’est une sorte de classic rock avec une petite dose de metal, de punk et de soul. Je me consacre vraiment à ce projet en ce moment. Je pense faire quelque chose de spécial dans le futur. Je voudrai faire un film que j’aurai écrit, produit et réalisé et dont The Spyderz ferait la musique. J’en ferai peut être également une version porno. J’adore le porno car cela effraie les gens. Je pense que c’est bien mieux accepté en France, mais ici aux Etats-Unis les gens ont plus de problèmes avec leur sexualité. Je peux te dire que j’ai même rencontré des rock stars qui étaient effrayées par le porno. Il y a beaucoup de honte à en parler alors que moi j’aime exposer cela le plus possible. J’aime faire ce qu’il me plait sans faire attention à ce que les autres pensent. Etre un musicien qui ose tourner des films porno, c’est ça être hardcore pour moi !

Je suppose que ton emploi du temps est chargé entre la musique et le porno. Comment arrives-tu à jongler entre les 2 ?

Chaque jour est une nouvelle aventure pour moi et j’aime être occupé. Je ne peux pas me cantonner à faire qu’une chose à la fois. Mon esprit part dans trop de directions. Je me suis mis depuis peu à la photographie avec ma femme. Je suis également designer de hot rods (ndlr : voitures anciennes modifiées au niveau de la mécanique et de l’aspect extérieure) et je construit des custom cars (ndlr : En gros Evan fait du tunning !). J’aime faire tant de choses différentes, pourquoi devrais je me limiter ? Au niveau de mon emploi du temps je connais mes priorités. Une semaine type pourrait être : lundi je vais au bureau m’occuper de la carrière de ma femme et de notre société. Mardi je filme une scène porno et je fais une session photo avec ma femme. Ensuite nous participons le soir à des évènements à Los Angeles pour promouvoir nos carrières. Mercredi et jeudi je m’enferme en studio pour composer des nouveaux titres avec The Spyderz. Vendredi je m’occupe de mon activité dans les voitures et je passe ensuite le week-end avec mon fils et ma femme avant de terminer la semaine par un concert de Biohazard. Je suis tellement heureux de pouvoir disposer d’autant de possibilités dans ma vie car je me souviens d’une époque où je n’en avais aucune.

The Spyderz semble te tenir à cœur. Y a-t-il un premier album en projet ?

Nous avons déjà 10 titres en boite. Nous sommes en train de terminer le mixage pour 6 d’entre eux et les 4 autres sont en lignes sur notre myspace. Mais oui, il y aura bientôt un disque suivi d’une tournée. Une des choses que j’adorais dans Biohazard, était que la musique était extrême et que beaucoup nous ont copiés et ont emmenée notre influence dans d’autres endroits. Ce que j’adore avec The Spyderz, c’est que nous écrivons des chansons intemporelles. J’essai d’écrire des titres rock que je pourrai toujours chanter à 60 ans. Je veux une longue carrière et je dois être réaliste. Je ne veux pas devenir un vieil homme qui s’égosille à chanter du Biohazard sur scène. Je n’aimerai pas voir ça en tout cas si je n’en faisais pas parti. J’adore Slayer et je ne veux pas les voir sur scène avec des cheveux gris et dans l’incapacité d’headbanguer. Tu veux voir ce genre de groupe au meilleur de leur forme. Alors que lorsque tu vas voir Tom Petty, The Allman Brothers, Social Distorsion ou AC/DC, tu te dis que leur musique sera toujours cool. L’âge n’aura aucun impact dessus.

Cela doit être un gros changement pour toi d’évoluer dans une formation rock n’roll…

Non pas du tout. C’est une illusion. C’est un changement pour ceux qui me suivent dans Biohazard. Je reviens à mes racines avec The Spyderz. Les premiers trucs que j’écoutais quand j’étais gamin étaient The Doors, Jimi Hendrix, Led Zeppelin, The Beatles, The Rolling Stones et The Who. Quelques années plus tard je me suis mis à Kiss et à partir de là j’ai découvert Black Sabbath, Judas Priest, Iron Maiden. Puis j’ai découvert Motorhead et à partir de là j’ai écouté des trucs de plus en plus heavy. Mais je traversais l’époque la plus sombre de ma vie donc tout cela est logique. J’ai formé Biohazard lorsque j’écoutais Carnivore, Cro-Mags et Slayer. C’était mon sentiment à ce moment là. Mais maintenant que je suis dans un tout autre univers dans ma vie, je redécouvre ce qui m’a fait tomber amoureux de la musique au départ. Les trucs comme Lynyrd Skynyrd. The Spyderz ressemble vraiment à un mix entre du classic rock 70’s avec des trucs genre The Cult ou les débuts de Guns N’Roses. Il y a aussi des éléments qui peuvent rappeler The Misfits et Social Distorsion. Je recherche tous les jours cette sensation que tu ressens lorsque tu as des frissons qui parcourent tout ton corps. Le sentiment que tu ressens lorsqu’une chanson te fait pleurer. La mission de The Spyderz est de nourrir mes émotions.

Tu as la particularité de ne pas souffrir uniquement du téléchargement illégal en tant que musicien mais aussi en tant qu’acteur et producteur de film porno. Quel est ton sentiment sur le sujet ?

Evidemment j’en suis mécontent. Télécharger quelque chose sans en avoir la permission se résume à du vol. Si quelqu’un veut voler ma musique, alors qu’il aille en magasin et qu’il prenne le risque de se faire chopper par la police au lieu de le faire avec sureté derrière son ordinateur ! La musique de The Spyderz est actuellement disponible sur Internet gratuitement. Mais j’ai choisi la situation. J’ai donné récemment une interview à Metal Edge où je traite les voleurs qui téléchargent de la musique illégalement de lâches. Depuis, il y a tous ces gamins accrocs aux ordinateurs qui me traitent de trou du cul sur Internet. Mais lorsque tu crées quelque chose et que quelqu’un le vole, comment devrais-tu te sentir ? Si ton père est peintre et qu’il passe une année entière sur un tableau qu’il vendra pour nourrir sa famille, dois-je venir dans ta maison voler la toile ? Est-ce que c’est gratuit ? C’est exactement la même chose. Je n’ai rien contre le téléchargement en soi, tant qu’il est payant. Je me sers d’iTunes et je paye pour donner du soutien aux artistes que j’apprécie. J’adore Bad Religion par exemple, et si ils ne sont pas suffisamment soutenus par les ventes, alors peut être qu’ils ne pourront plus partir en tournée car il leur faudra trouver des boulots réguliers pour vivre. Je ne pourrai alors plus jamais voir Bad Religion sur scène alors qu’il s’agit d’un de mes groupes favoris. Les gens sont égoïstes. Ils ne pensent qu’à eux. Ils volent tout. Même l’artwork. Il n’y a aucun honneur à faire ça. Je sais que ce que je suis en train de dire est impopulaire chez tous ces jeunes qui téléchargent. Je sais que pleins de gens vont me prendre pour un connard en lisant cette interview. Il n’empêche que toute personne créant quelque chose devrait avoir le droit de le protéger. Si je construis ma maison, j’ai le droit de t’inviter ou non dedans. La décision m’appartient. Ce n’est pas parce que la technologie permet de pouvoir voler facilement quelque chose que ça en devient bien pour autant. C’est intéressant de voir la réponse des artistes. Prince met à disposition gratuite ces derniers albums sur Internet. C’est cool. Radiohead ont fait un système avec leur nouvel album qui permet aux gens de le télécharger et de donner ensuite la somme qu’ils désirent. C’est intéressant. Je suis curieux de voir ce qu’ils vont en tirer mais ça soulève sans aucun doute quelques questions. Ca fait réfléchir. Mais tu sais quoi ? Je hais Radiohead. Je déteste tellement leur musique. Je la trouve complètement vide. Je la trouve malhonnête. Ces mecs vendent 50 millions d’albums, ils sont tous multimillionnaires et ils continuent de pleurnicher dans leur musique. Cela n’a aucun sens pour moi. Qu’est ce qui peut bien les rendre si malheureux ? J’ai rencontré leur chanteur Thom Yorke. C’était en France d’ailleurs, aux Eurockéennes de Belfort en 1997. Je me souviens que Biohazard, Smashing Pumpkins et Radiohead étaient sur la même scène. Un pote à moi s’occupait du merchandising de Biohazard et c’était un gros fan de Radiohead. Il m’a refilé ses cds pour avoir des autographes. Je suis donc allé à leur rencontre en coulisse. Je n’aime pas leur musique mais je suis quelqu’un d’amical. Je me présente : « Hey Thom. Je suis Evan de Biohazard. Pourrais tu m’accorder une faveur et signer les disques du mec qui s’occupe de notre merchandising, c’est un grand fan ». Il a baissé les yeux, s’est mis à chialer et a hurlé pour que la sécurité vienne à son secours ! Des types se sont mis entre lui et moi et je les ai calmés en leur expliquant que je voulais seulement obtenir des autographes pour un pote à moi. Je ne peux pas comprendre ce genre d’attitude lamentable. Si tu n’as aucun respect pour tes fans, tu ne vaux rien. Laisser tes fans voler ta musique ne signifie pas que tu les apprécies. Si tu veux leur donner, c’est ton choix. Mais de toute manière, il n’y a rien que je puisse faire si ce n’est de continuer à mener ma vie à ma manière. Je pense qu’énormément de groupes ont peur de mettre en rogne leurs fans en disant clairement ce qu’il pense du téléchargement illégal. D’autre part le téléchargement en général enlève la magie du truc. J’adorais lorsque j’attendais le bus ou lorsque je prenais le métro à Brooklyn pour aller acheter un disque le jour de sa sortie. J’écoutais l’album en regardant l’artwork, cela te plongeait complètement dedans. Ca donnait plus de sens à la chose et les plus jeunes ne comprendront probablement jamais cela.

J'aimerai avoir ton regard sur chaque album de Biohazard avec le recul :

BIOHAZARD : La chose la plus excitante de ma vie. Tout les efforts et le boulot que j’avais fourni aboutissait enfin à quelque chose. Il s’agit de 4 jeunes individus, qui accordent leur esprit ensemble et donnent naissance à quelque chose.

URBAN DISCIPLINE : C’est l’album qui a défini Biohazard. Une parfaite incarnation de la scène New-yorkaise de l’époque. Cela nous a tous emmené à un autre niveau. Nous avons franchis une étape. Notre scène est devenue unie et forte et s’est répandue à un niveau mondial. Il s’agit d’une de mes plus grosses fiertés.

STATE OF THE WORLD ADDRESS : Une période magique car nous utilisons pour la première fois un véritable studio avec un vrai producteur. C’est l’album qui sonnait le mieux jusque là. Celui qui s’est le plus vendu mondialement. La tournée a été pour moi un trip de rock star. C’était tellement étrange et génial à la fois. Probablement le point culminant de la carrière de Biohazard.

MATA LEAO : Un moment bizarre car nous venions de nous séparer de Bobby et nous avons vécu cela comme un divorce. Nous avons fait en conséquence un disque vraiment haineux et plus expérimental. Il est assez profond car j’ai commencé à avoir un regard plus introspectif sur moi-même. La tournée était hardcore et cela correspond sans doute au moment où nous sommes vraiment rentrer en contact avec les fans.

NEW WORLD DISORDER : Musicalement, il s’agit de mon album favori de Biohazard car c’est celui sur lequel nous avons pris le plus de risques. J’étais tellement déçu par son accueil car je pensais que ce disque allait nous faire franchir une grosse étape aux Etats-Unis à la manière de Metallica quelques années plus tôt. La situation de l’industrie du disque commençait déjà à devenir difficile en Amérique, et sans support radio, l’album n’a pas pu marcher. C’est sans doute à ce moment là que nous avons commencé à avoir la rage contre cette industrie.

UNCIVILISATION : Une ère différente. Un disque fort, entièrement produit par le groupe, ce dont je suis fier. Billy et Danny se sont chargés de tout l’enregistrement et nous avons produit le tout ensemble. La tournée, particulièrement en Europe, a été fantastique. Cela marquait un nouveau départ pour Biohazard.

KILL OR BE KILLED : Le plus fougueux. De la haine à l’état pur. Uncivilisation est sorti le 11 septembre 2001, le jour des attentats à New York. Nous avons été témoins de l’horreur et Kill Or Be Killed est la réponse à cet évènement et le stress que nous avons ressenti pour notre sécurité, celle de nos familles et de nos fans. Un album très important à mes yeux même si je pense qu’il a été incompris par beaucoup.

MEANS TO AN END : Un disque très difficile à faire. C’est le dernier chapitre qui met fin au recueil d’albums de Biohazard. Un titre comme « My Life, My Way » représente vraiment ce que Biohazard a toujours signifié. Nous avons mis seulement 15 jours à l’enregistrer, mais à l’époque du numérique, tu stockes la musique sur disque dur et plus sur bandes. Malheureusement, notre disque dur a subi un crash et nous avons tout perdu. Nous avons donc du recommencer tout l’enregistrement et le boucler en seulement 4 jours ! C’est une histoire typique de Biohazard. Nous avons toujours du nous battre tels des opprimés contre un pouvoir intouchable. Cette expérience m’a rappelé qui j’étais et je suis heureux que cet album soit la dernière page du livre à ce jour.