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PORCUPINE TREE

Entretien avec Steven Wilson (chant, guitare, claviers)

03/07/07 - La Cigale - Paris

 

Porcupine Tree est au commencement d'un nouveau chapitre de son histoire. Changement de label, nouvel album sorti il y a quelques mois, un EP accompagné d'une nouvelle tournée à l'automne. l'actualité du groupe risque d'être très chargée d'ici fin 2008. La venue du groupe en juillet à la Cigale de Paris était l'occasion parfaite de s'entretenir à propos de "Fear Of A Blank Planet", mais aussi de faire un récapitulatif de la carrière du groupe, en compagnie du toujours aussi locace et passionné Steven Wilson.

Salut Steven ! Les chemins de Blackfield et Porcupine Tree n’ont cessé de s’entrecroiser ces derniers temps. Tu écris pour l’un et l’autre part en tournée. Tu fais de la promo pour l’un et tu finis d’écrire un album pour l’autre et ainsi de suite. Comment arrives tu à gérer cela ? N’est ce pas un peu confus parfois ?

Non ça va, je sais toujours où j’en suis mais je n’ai plus vraiment de vie personnelle en ce moment. Ca a commencé en septembre dernier en quelque sorte, lorsque nous avons fait la tournée de Porcupine Tree où nous jouions nos nouvelles chansons. Depuis c’est du non stop. Nous avons commencé l’enregistrement mi-octobre, nous l’avons fini à Noël. Ensuite je suis parti en tournée avec Blackfield, puis j’ai fait de la promo pour « Fear Of A Blank Planet » et je suis en tournée en promotion de cet album depuis le mois d’avril. Je n’ai pas vraiment fait de pause depuis l’été dernier. Mais ce n’est pas si confus. Ca n’est pas vraiment difficile de pouvoir séparer 2 entités musicales dans ma tête. J’en ai l’habitude car je fais ça depuis des années avec No-Man, IEM, Bass Communion et Porcupine Tree. Par contre l’engagement que cela demande au niveau du temps est assez extrême.

Vous avez joué en juin au Download Festival de Donington. C’est un endroit assez inhabituel pour Porcupine Tree. Comment as-tu ressenti ce concert ?

C’était un moment étrange car le public était surtout branché heavy rock ou heavy metal. Ca m’inquiétait un peu mais à vrai dire ce concert a été fantastique. Nous avons donné un bon concert et nous avons joué devant 10 000 personnes dont pas mal âgés de 15 ou 16 ans et qui ont probablement l’habitude d’écouter du death metal. C’est la principale raison pour jouer dans un festival. Jouer devant des gens qui ne te connaissent pas, afin d’essayer de conquérir un nouveau public. C’est plus effrayant que de jouer pour ton propre public car tu sais que ce dernier est toujours de ton côté. Lorsque tu joues pour un public qui ne te connaît pas, tu ressens beaucoup de pression. Et plus particulièrement pour ce concert au Download Festival. Ca aurait pu très mal se passer, car par rapport au reste de l’affiche, nous étions très légers.

Mais vous avez joué un set très lourd en conséquence…

Même avec notre set plus lourd que d’habitude, nous étions toujours légers en comparaison avec Napalm Death, Korn et Motley Crue. C’était assez effrayant mais c’était super.

Pourquoi avez-vous quitté Warner ? Et quelles sont les différences majeures avec Roadrunner ?

Nous n’avons pas vraiment quittés Warner. Nous sommes toujours avec eux aux Etats-Unis. Ils font du bon boulot là bas, ce qui n’était pas le cas dans certains pays d’Europe. Ils étaient super en Allemagne, mais pas bon du tout en France et en Angleterre. Le problème, lorsque tu es signé sur un label énorme comme Warner, est que tu peux vite devenir un petit poisson perdu dans une immense mare. Il est vrai que grâce à leurs résultats financiers, ils ont énormément de pouvoir, mais si ils décident de ne pas utiliser ce pouvoir sur toi, au final ton groupe ne grossira pas plus qu’ailleurs. Le problème est qu’ils ne faisaient pas vraiment attention à nous en dehors des Etats-Unis et de l’Allemagne. Nous avons donc parlé avec d’autres labels cette fois ci. Roadrunner a été sans aucun doute le label le plus motivé et le plus enthousiaste à l’idée de travailler avec nous. Ils ont donc signé le groupe et ils font du bon boulot.

Vous avez dévoilés « Fear Of A Blank Planet » en tournée, 6 mois avant la sortie de l’album. Comment as-tu trouvée cette expérience ? Est-ce quelque chose que tu as envies de faire à nouveau dans le futur ?

Oui. Je pense que c’était excellent. J’ai vraiment eu du plaisir avec ce processus. C’était bon pour les fans et bon pour le groupe. Ca a également nettement simplifié les choses en studio. Vivre et respirer ces nouvelles chansons pendant un mois sur scène a rendu les choses bien plus naturelles en studio. Il a fallu 11 mois pour enregistrer « Deadwing ». Seulement 3 mois pour « Fear Of A Blank Planet ». La raison principale à cela est que nous connaissions très bien ces morceaux. Il n’y avait plus vraiment de décisions artistiques à prendre au moment d’entrer en studio. C’est très certainement quelque chose que je veux essayer à nouveau. Beaucoup de groupes fonctionnaient ainsi dans les années 70. Led Zeppelin et Deep Purple jouaient sur scène des nouveaux titres, qu’ils avaient écrits la même semaine et ensuite ils les enregistraient. Je pense que c’est bénéfique. Radiohead faisait un peu pareil récemment. Ils ont joué le nouvel album sur scène il y a déjà 2 ans et il n’est toujours pas sorti !

Peux tu me parler du concept de « Fear Of A Blank Planet » ?

L’idée principale m’est venue car j’écris depuis longtemps des chansons sur le déclin de l’industrie musicale. Dans une chanson comme Sound Of Muzak par exemple. La limitation de la musique à des softwares. La manière dont les gens jugent et partagent la musique a vraiment changée, et ce de façon négative. J’ai voulu faire un album qui parle en quelque sorte entièrement de ce sujet, mais de façon plus brutale en généralisant ça à tous les problèmes que pose cette culture du téléchargement et de l’Internet. Les technologies d’information, les Ipods, les téléphones portables, la télé-réalité, American Idol, les drogues sur ordonnance et tout les autres mots que la nouvelle génération a à la bouche. Je pense que cette culture nous affecte tous, et plus particulièrement les plus jeunes d’entre nous. Evidemment je ne suis pas étranger à tous ces gadgets comme les ordinateurs et les téléphones portables. Aujourd’hui tout le monde est accro à ces gadgets. Mais encore plus spécifiquement tous les jeunes qui naissent dans cette ère de nouvelles technologies d’information. En fait je veux juste poser une question. De quelle manière tout cela affecte les gens ? Comment cela va affecter leur sens de la curiosité ? Comment cela va affecter leur capacité à se passionner pour des choses dans ce monde ? Comment cela va affecter les différentes possibilités qu’ils ont dans la vie ? Tout est disponible si facilement. De la musique à la pornographie. Comment est ce que cela affecte ta psychologie ? Je suis convaincu que l’être humain, par nature, n’arrive pas à apprécier ce qui vient trop facilement. L’humain apprécie les choses pour lesquelles il doit travailler dur, dépenser beaucoup d’argent, investir du temps et de l’énergie. Pour lesquelles il doit achever ou obtenir quelque chose. Maintenant tout est trop facile. En musique ? Tu peux télécharger l’intégralité du répertoire de Led Zeppelin en quelques clics et gratuitement. Tu peux effacer ce même répertoire tout aussi vite. Tu peux télécharger tous les films pornos que tu veux et avec cet album je pose juste la question : comment cela va affecter ces gens ? Je ne dis pas forcément que cela aura des effets négatifs. Cela pourra avoir des conséquences désastreuses ou cela pourra très bien se passer. Mais j’ai juste l’impression que personne ne se pose cette question. Je ne suis vraiment pas le genre d’artiste à donner aux gens des solutions ou leur dicter leur conduite. Comment vivre, comment penser ou comment voter. J’ai toujours pensé que les bons artistes sont ceux qui tiennent un miroir dans lequel le monde se reflète et qui dit : Voilà ce que nous sommes. Je pense que Thom Yorke (Radiohead) est parvenu à ça avec « O.K Computer », Roger Waters (Pink Floyd) est parvenu à ça avec « Dark Side Of The Moon ». Avec cet album je montre le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui et je déclare que je me sens un peu anéanti par ça. Et je demande à l’auditeur comment il se sent par rapport à ça.C’est ce que j’ai essayé d’accomplir avec « Fear Of A Blank Planet ».

Cet album porte le nom d’un vieil album de Public Enemy et nombreux sont ceux qui font la comparaison…

« Fear Of A Blank Planet » par Public Enemy était un album très populaire dans les années 80 et très important pour les adolescents de l’époque. Mes amis et moi-même l'avons tous acheté. Il est très sérieux et il s’inscrit dans l’esprit originel du hip hop qui a été très important pour ma génération. Il parle des relations entre les différentes races. C’était vraiment un problème dans les années 80. Il y avait le Live Aid, le concert pour Nelson Mandela et il y avait aussi le Rock Against Racism lorsque je grandissais à Londres. Cet album a été vraiment important pour les jeunes de l’époque. Alors qu’aujourd’hui, la culture hip hop est devenue quelque chose d’horrible et de grotesque. C’est devenu l’archétype de ce qu’il ne faut pas être. Dans les années 80 c’était un style dangereux, violent et qui parlait de choses sérieuses. Aujourd’hui c’est devenu vraiment banal, très grand public. Il y a sans doute quelques exceptions mais je parle seulement des gros artistes dans le style. Tu ne vois plus Public Enemy aujourd’hui. Il n’y a plus personne dans ce style pour raconter des choses sérieuses. Je n’aime pas l’influence que cela peut avoir sur les jeunes, sur la mode, sur la musique. Mais pour être juste, je ne connais pas la scène hip hop underground et je suis sur qu’il y a d’excellents artistes dans ce milieu. J’aime mes albums de DJ Shadow et DJ Krush et certains disques d’hip hop instrumental, mais je ne vois que les artistes grand public et ils ne me donnent pas l’envie de creuser dans l’underground du hip hop avec autant de passion que ce que je peux faire pour le rock et le metal. Je ne peux que comparer avec Public Enemy ou De La Soul qui étaient eux aussi des artistes grand public à leur époque.

C’est la première fois de ta carrière que tu partages la production de l’album avec les autres musiciens du groupe et même avec John Wesley. Comment en est tu arrivé là ?

Tout simplement parce qu’aujourd’hui tout le monde a son propre home studio dans le groupe. Ca devient une façon commune pour pas mal de groupes, de travailler sur son disque dur. Richard a travaillé sur des parties de claviers chez lui, Gavin a travaillé certains trucs de batterie chez lui, Colin a bossé quelques parties de basse chez lui et j’ai été chez John Wesley en Floride pour bosser sur quelques parties de guitare. Je n’allais quand même pas leur voler leurs crédits ! Au final cet album a vraiment été co-produit. Je suis toujours le seul à mixer l’album et à avoir le contrôle total sur la direction musicale. Mais étant donné qu’il y a eu du travail accompli alors que je n’étais même pas là, on peut vraiment parler d’effort global. Ce n’était pas planifié, c’est juste arrivé naturellement.

Tout le monde adore Anesthetize sur le nouvel album. Peux tu me parler de la genèse de ce morceau ?

C’est un morceau bien plus long que les autres sur l’album mais ce n’est certainement pas mon préféré. Mais je sais que c’est le favori de pas mal de gens, plus particulièrement les fans de rock progressif. Ils ont tendance à aimer les chansons les plus longues. C’est un morceau long mais je ne l’ai pas abordé de manière différente des autres morceaux. Mais ce titre n’a pas arrêté de se développer. A chaque fois que j’avais une nouvelle idée, une autre venait derrière et ainsi de suite. Il en résulte que ce titre est plutôt long mais je ne l’ai pas réalisé avant de l’avoir terminé. Je pensais qu’il durerait 10 minutes et c’est uniquement lorsque j’ai vu l’ordinateur afficher 17,43 minutes que j’ai réalisé que je n’avais pas écrit de morceau aussi long depuis longtemps. Il a été long à écrire. Ca m’a pris un mois.

As-tu réalisé que cela allait être un chef d’oeuvre ?

Non pas du tout. Je suis encore très surpris de la réaction des gens envers ce titre. A vrai dire, je pense honnêtement qu’il ne s’agit pas du meilleur titre de l’album.

Quels sont tes favoris ?

J’adore les 2 derniers morceaux. Sleep Together et Way Out Of Here. J’étais particulièrement heureux de Sleep Together. Dès que je l’ai fini, je savais que cela allait être mon titre favori sur le nouvel album. Mais je ne regarde pas vraiment cet album en terme de chansons individuelles. « Fear Of A Blank Planet » est une pièce musicale de 50 minutes. C’est un cercle de chansons, un ensemble indissocié de musique. C’est donc difficile pour moi de penser ces chansons de façon individuelle mais évidemment je suis très fier d’Anesthetize. Je suis juste surpris de la façon si positive dont le morceau a été reçu.

Alex Lifeson de Rush fait un solo sur ce titre. Comment cela s’est il produit ?

Oui il fait le solo qu’il y a à 4 ou 5 minutes du début. Alex est un fan du groupe. Je ne le savais pas avant de lire une interview de lui dans le magazine anglais Classic Rock. Il disait dans cet article combien il aimait Porcupine Tree. Je suis pratiquement tombé de ma chaise en lisant ça car je suis un gros fan de Rush. Nous avions déjà Robert Fripp (King Crimson) sur l’album et je me suis dit que ça serait excellent d’avoir aussi Alex. Nous l’avons invités et il a gracieusement accepté. Il n’y a pas particulièrement de belle histoire derrière cette collaboration, il s’agit juste de respect mutuel. Il aime Porcupine Tree et j’aime Rush. Tout comme pour Adrian Belew et Mike Akerfeldt sur « Deadwing ». Je ne bosserai jamais avec quelqu’un qui n’éprouve aucun intérêt pour mon groupe. Je ne bosserai jamais avec Jeff Beck, juste pour le fait d’avoir Jeff Beck sur un album. J’aime l’idée de travailler avec des gens qui sont déjà fans du groupe. Comme ça il y a un respect mutuel. Je suis un gros fan d’Alex, apparemment Alex est un gros fan de Porcupine Tree. Génial, bossons ensemble. Je suis un gros fan de Robert Fripp, Robert Fripp est un gros fan de Porcupine Tree. Génial, bossons ensemble. C’est agréable car tu as l’impression d’appartenir à une famille de musiciens. Tu fais parti d’un cercle. J’ai grandi en écoutant le rock progressif des années 70 et maintenant ces mecs écoutent mon groupe. Il y a Alex et Robert sur l’album, mais aussi Dave Stewart de Hatfield And The North. Ca fait 3 musiciens du rock progressif des années 70 qui travaillent maintenant avec Porcupine Tree et je trouve ça merveilleux. C’est un grand honneur.

Tu mentionnais Robert Fripp qui fait un de ses soundscapes sur Way Out Of Here. Je sais qu’il a également enregistré quelque chose sur un titre intitulé Nil Recurring. Peux tu m’en dire plus ?

Oui il fait un solo sur Nil Recurring. Un vrai solo à la Robert Fripp. Ce titre n’est pas encore disponible mais il sortira sur un EP fin septembre ou début octobre, lorsque nous repartirons en tournée. Cet EP contiendra 4 chansons qui n’ont pas été utilisées pendant les sessions de « Fear Of A Blank Planet ». J’étais vraiment décidé à faire un album court avec « Fear Of A Blank Planet ». Je ne peux pas supporter les albums qui durent 75 ou 80 minutes. C’est trop long. Je me suis vraiment engagé à faire un album qui fasse la durée d’un album des années 70, avant que le format CD n’apparaisse et que la durée des albums explose aux alentours des 80 minutes. Je pense que la durée idéale pour un album se situe autour de 45/50 minutes. Pour moi c’est la durée de tous les bons albums. Certains sont même plus courts comme « Pet Sounds » des Beach Boys qui doit durer 35 minutes. « Revolver » des Beatles dure 34 minutes. Je pense que « Pink Moon » de Nick Drake dure 26 minutes. Nous avons donc volontairement voulu éviter de faire un album trop long et du coup il y a 30 minutes de musique qui est restée de côté et qui sortira sur un EP à la rentrée.

Du coup, ça fait un long EP…

Ouais. Ca sera plutôt un mini album en fait. 4 chansons en 28 ou 29 minutes.

Quoi de neuf du côté de ton projet de film pour illustrer l’histoire de « Deadwing » ?

On essaie d’avoir des acteurs, des producteurs, des agents mais j’ai bien peur que je n’ai pas grand-chose de neuf à te dire. Nous avons fait lire le script à pas mal de monde et on a eu des retours très positifs. Mais c’est problématique financièrement de sortir un premier film. Nous avons fait une page myspace pour le film. Il y a une petite bande annonce, une bande son et le script dessus. On s’intéresse toujours à ça, mais il n’y a encore personne qui est prêt à nous donner suffisamment de dollars pour faire le film.

Peux tu toucher un mot sur ton projet intitulé Continuum ?

Oui. Le nouvel album sort dans 2 semaines. J’en suis très heureux. C’est très différent du premier. C’est dans une veine doom metal mais toujours fusionnée avec des textures ambiantes. Mais il y a des guitares très lourdes sur cet album. Lorsque j’ai commencé Continuum avec Dirk Serries, nous avons décidé de faire des albums très différents les uns des autres. Le premier album est ambiant alors que celui-ci montre des guitares écrasantes.

Porcupine Tree célèbre cette année ses 20 ans d’existence. J’aimerai donc faire un point avec toi sur l’ensemble des albums du groupe…

Porcupine Tree n’a pas vraiment 20 ans d’existence. J’ai en effet commencé à écrire en 1987 quelques trucs qui ont fini plus tard sous la bannière Porcupine Tree. Mais je n’ai jamais pensé à ce nom de groupe avant 1989 ou 1990 et rien n’a été vraiment sérieux avant 1993. Mais je peux quand même faire ton récapitulatif !

On The Sunday Of Life... : C’est un album que j’ai fait uniquement pour le plaisir dans mon home studio. Dans chaque titre de cet album, je me suis donné la tâche de pasticher un de mes groupes favoris. Il y a un morceau qui est un pastiche de Soft Machine, un autre qui est un pastiche de XTC. C’était vraiment pour le fun car je ne pensais pas qu’il se passerait quelque chose avec ces morceaux. Je ne pensais pas que ces titres allaient finir sur un album. Il n’y a que des titres suffisants dans « On The Sunday Of Life… » et ils ont tous été écrits avant 1991. Mais je peux toujours écouter cet album car je me souviens de l’esprit d’amusement dans lequel je l’ai fait. Il n’y avait pas encore cette volonté d’accomplir quelque chose de grand.

Up The Downstairs : C’est la première fois que j’ai essayé de faire quelque chose qui fusionne la musique contemporaine avec le space rock, le rock progressif et la musique psychédélique du passé. Je pense qu’après le succès que « On The Sunday Of Life… » a rencontré pour un album underground, j’ai senti qu’il y avait un potentiel. Si « On The Sunday Of Life… » n’avait pas marché et si je n’avais pas pu faire quelque chose de plus contemporain, je n’aurai pas continué. Cela serait resté un trip nostalgique. Mais j’ai senti que je pouvais combiner mes influences du passé avec des choses modernes comme les samples et la transe. The Orb était un groupe très populaire à l’époque de « Voyage 34 » et j’ai continué à explorer ce genre de choses sur « Up The Downstairs ». Je pense que ce disque montre la façon dont les futurs albums de Porcupine Tree allaient être construits. La mixture de chansons et de titres instrumentaux, tous liés entre eux. Les différentes textures sonores. Les moments plus lourds, les harmonies vocales. Les passages instrumentaux, les solos de guitare. Cet album a commencé à définir le son de Porcupine Tree.

The Sky Moves Sideways : D’une certaine façon, cet album s’est écarté du chemin de Porcupine Tree. J’ai eu l’idée de faire une longue pièce musicale de 45 minutes mais je ne suis pas très heureux de ce que ça a donné. Pour moi c’est devenu du rock progressif trop générique. Et je n’ai jamais voulu faire ça. J’ai utilisé trop de sons d’orgue au clavier, il y a trop de solos de guitare. Je me suis rendu compte que cet album prenait une direction que je n’aimais pas, mais je l’ai quand même terminé en réduisant sa durée et en ajouter quelques titres plus courts. C’est l’album qui me satisfait le moins lorsque je regarde en arrière car il est trop stéréotypé. Mais je sais que pas mal de fans considèrent que c’est mon meilleur album. C’est à ce moment que j’ai réalisé que je voulais jouer avec d’autres musiciens pour créer une musique hybride plus intéressante. Je voulais que d’autres influences rentrent dans le groupe, que d’autres personnalités musicales rentrent dans la mixture. Et c’est ce qu’il s’est produit avec l’album suivant « Signify ».

Signify : Cet album est un gros pas en avant. Tout d’un coup le groupe a eu un son différent et très personnel. La musique est devenue plus intéressante, plus contemporaine. Je pense que « Signify » est un de mes meilleurs albums. Sans aucun doute un tournant dans la carrière du groupe, et les chansons sont très fortes.

Stupid Dream : Cet album va encore plus loin dans la façon d’utiliser le chant dans la musique du groupe. J’écoutais énormément les Beach Boys à l’époque et j’étais obsédé par les arrangements et les harmonies sur les voix. J’ai vraiment creusé cet aspect dans cet album. Il y a dans cet album un des 3 meilleurs morceaux que j’ai composé pour Porcupine Tree. Il s’agit de Stop Swimming. Les paroles de ce titre ont toujours autant de sens pour moi et musicalement il s’agit d’un titre magnifique dont je suis très fier.

Lightbulb Sun : Cet album a été fait trop rapidement après « Stupid Dream » et du coup il souffre la comparaison car il est trop similaire. De plus les chansons ne sont pas assez bonnes. Nous avons fait cet album moins d’un an après la sortie de « Stupid Dream ». C’était trop rapide. Je pense que cet album possède quelques morceaux excellents comme Feel So Low, Hatesong, How Is Your Life Today ? et Last Chance to Evacuate Planet Earth Before It Is Recycled mais il possède malheureusement des titres vraiment faibles comme Russia On Ice. Je n’aime pas ce morceau. Cet album souffre tout simplement du fait qu’il a été fait trop vite et que nous ne disposions pas d’assez de morceaux parmi lesquels choisir. L’ironie est que nous avons écrits très vite de nouveaux titres, comme Buying New Soul qui a fini sur « Recordings », juste après la sortie de « Lightbulb Sun ». Si jamais nous avions eu ces titres à disposition pour « Lightbulb Sun » l’album aurait été bien meilleur.

In Absentia : Un autre gros tournant. Cet album marque le moment où j’ai commencé à m’intéresser à nouveau et à redécouvrir le metal. Gavin est entré dans le groupe et nous a donné un son plus puissant, plus contemporain, plus dynamique. Son style est beaucoup plus moderne que celui de Chris Maitland. Chris est un batteur fantastique mais son style était plus classique. Grâce au laps de temps important qui sépare « Lightbulb Sun » et « In Absentia », car j’étais en recherche d’un nouveau label, j’ai pu écrire beaucoup de bonnes chansons. Nous avions une très bonne sélection de chansons dans laquelle piocher. Il y a des titres excellents qui n’ont même pas fini sur l’album comme Drown With Me, Chloroform et Futile. « In Absentia » est un des meilleurs albums que j’ai écrit. C’est comme si nous recommencions à 0. En ce moment c’est mon favori avec le nouveau.

Deadwing : Je suis très satisfait de cet album mais je pense qu’il ne s’éloigne pas suffisamment d’ « In Absentia ». C’est une sorte de consolidation de ce que j’ai crée avec « In Absentia ». La chose la plus intéressante sur cet album est qu’il comportait pour la 1ère fois depuis longtemps un titre très long. J’ai commencé à avoir envie d’écrire à nouveau des morceaux plus longs. J’étais vraiment mécontent de Russia On Ice et notamment du chant. Alors qu’avec Arriving Somewhere But Not Here j’ai senti qu’il s’agissait d’une des meilleures longues chansons que j’avais écrites, si ce n’est la meilleure. Ce titre a une forme et un déroulement qui a beaucoup de sens selon moi. C’est un titre très efficace. Ca m’a donné la confiance de faire à nouveau quelque chose de plus ambitieux et d’une certaine façon, « Fear Of A Blank Planet » découle directement d’Arriving Somewhere But Not Here. Les différentes couches, son déroulement, la dynamique, la fusion des textures sonores avec le metal, tout ça a constitué la graine de ce qu’est devenu « Fear Of A Blank Planet ».

Merci à Steven Wilson pour sa gentillesse et sa disponibilité ainsi qu'à Roger de Replica Records, Sam le tour manageur de Porcupine Tree et à Roadrunner.